Le sexe triste de Marcela Iacub

Publié le par Simon Castéran

Dans une tribune publiée le 25 mai sur Libé.fr, l'essayiste Marcela Iacub critique violemment une étude menée par l'institut Ipsos et la fondation Pfizer, laquelle révèle que, contrairement aux idées reçues, les jeunes de 15 à 18 ans estiment que le sexe est moins important que d'aimer et d'être aimé en retour. Voilà qui est rassurant, et qui témoigne d'une certaine maturité d'esprit, pourrait-on penser. Mais pour Marcela Iacub, cette pensée illustre surtout une vision rétrograde de la sexualité... Et potentiellement criminogène !

Oui, vous avez bien lu : en ne dissociant pas l'amour de la pratique sexuelle, nos adolescents entretiendraient ainsi une idéologie néfaste, « principale cause de l’instabilité conjugale que nous subissons ». Moi qui croyais naïvement qu'un couple se sépare parce qu'il ne voit plus de raison à coucher sans s'aimer, me voilà fort marri ! Non, mes amis, la raison de cette précarité est toute autre. « Enfants malheureux, femmes appauvries, hommes suicidés et des océans de solitude », tout cela est en fait la conséquence du mythe du couple passionnel qui, faisant l'amour par sentiment plutôt que par raison ou nécessité d'être « comblé physiquement », creuse sans le savoir l'abîme dans lequel il finira inexorablement. Alors que – c'est bien connu – les mariages de raison ou forcés, tels qu'ils se pratiquent encore en Inde, en Arabie Saoudite ou en Afrique du Nord, sont les meilleurs garants de l'épanouissement de chacun !

Marcela Iacub en mars 2014 © CC BY-SA 3.0

Marcela Iacub en mars 2014 © CC BY-SA 3.0

Le couple et les enfants, c'est pour les vieux

En plus, coucher parce qu'on s'aime, c'est vraiment un truc de vieux. D'abord du fait qu'en imposant « les mêmes institutions », « les mêmes normes sexuelles et conjugales aux jeunes et aux vieux », notre société rendrait « difficile le bonheur du plus grand nombre, et [gâterait] la trajectoire vitale des deux générations ». A n'en point douter, c'est donc en raison d'un secret masochisme que tant de jeunes couples choisissent encore de s'aimer et de faire des enfants ; ou bien sont-ils égoïstes, préférant l'absurde fidélité du couple au sain libertinage ! Seulement voilà : une étude de la sexualité moderne, même rapide, montre que jeunes et vieux sont bien loin de partager les mêmes normes sexuelles et conjugales. Car contrairement à ce qu'affirme notre pasionaria du cul papillon, les jeunes générations sont justement celles qui ont le plus remis en cause les institutions héritées des siècles passés. Unions libres, Pacs, mariage gay, familles recomposées... Autant de pratiques conjugales novatrices qui tranchent avec l'union traditionnelle devant le maire et le prêtre, qui reste, pour nombre de gens âgés, le véritable marqueur social du couple. Alors, chère Marcela, qui donc s'acharne à « nier les particularités sexuelles et sentimentales des vieux comme des jeunes »... Si ce n'est toi ?

Mais si le sexe amoureux ne vaut que pour les « vieux », c'est aussi parce qu'avant 40 ans, l'homme et la femme seraient trop immatures, ou débordés par leur énergie sexuelle, pour s'aimer et bâtir une famille solide. Le bonheur du couple n'est donc pas à chercher dans un amour juvénile, fût-il réciproque, avec le sexe pour meilleur épice ; mais dans une relation après 40 ans, une fois l'appétit sexuel apaisé par de multiples partenaires. Le mariage ? Les enfants ? « On devrait réserver ces pratiques aux plus âgés ; les concevoir comme une sorte de retraite des années folles et insouciantes de la jeunesse », poursuit l'aspirante contrôleuse en chef de la Sexualité nationale. Peut-être pourrait-on alors mettre en place des permis de mariage et d'enfanter, comme cela se fait en Chine ? Bien entendu, une telle politique – que certains, par mauvais esprit, qualifieront de liberticide – ne sera guère favorable à la natalité de la France ; mais du moins, la peuplera-t-elle d'enfants autistes ! Eh oui, Marcela : comme le rappellent nombre d'études scientifiques, le risque d'accoucher d'un enfant accusant un sévère retard mental augmente après 36 ans chez la femme, et 45 ans chez l'homme.

Coucher en s'aimant conduit au crime

Mais il y a pire. Selon notre essayiste de choc, le sexe enrobé d'un amour réciproque serait la cause première de la violence des jeunes, et notamment de la criminalité. Car voyez-vous, si l'on apprenait aux jeunes à faire la part entre le désir sexuel et le véritable amour, « on aurait beaucoup moins de jeunes violents, et donc moins de criminalité, car une vie sexuelle épanouie et multiforme canaliserait leur impulsivité ». Mais n'en déplaise à Marcela Iacub, c'est justement l'intrication profonde du désir sexuel et du sentiment amoureux qui empêche tout être sensé de verser dans le crime, à commencer par le viol. Car aimer, c'est reconnaître l'Autre, et se reconnaître soi-même en lui : c'est l'accepter, non comme un objet de plaisir, mais comme un individu qui se donne ou se refuse librement, sans que le désir de l'un n'ait droit de s'imposer à celui de l'autre. Autrement dit, c'est la négation totale de la société pornographique, popularisée par Internet, qui pousse certains adolescents à ne considérer la femme que comme le seul déversoir de leurs fantasmes. Un message auquel s'opposent depuis longtemps pédopsychiatres et acteurs de l'éducation qui, effrayés de voir de plus en plus de jeunes sombrer dans la violence sexuelle, dénoncent l'influence perverse du porno ; lequel, dans ses représentations, présente toujours la volonté de l'homme comme devant forcément primer sur celle de la femme. Agenouille-toi. Suce-moi. Laisse-moi te prendre en levrette, te sodomiser. Avale. Et dis merci. Suivante !

Comment s'étonner alors qu'en matière de crimes sexuels, une proportion grandissante de coupables soit constituée d'adolescents, souvent très jeunes, qui, comme me le confiait un jour un pédopsychiatre, commencent leur vie sexuelle en imposant une fellation ou une sodomie à la première victime venue (souvent une voisine ou une membre de leur famille), peu après avoir regardé un porno sur Internet ? La raison en est toute simple : délaissés par leurs familles, abandonnés à la seule compagnie de leur ordinateur, ces jeunes en carence éducative n'ont tout simplement pas compris que le sexe ne se pratique pas sans amour. Que le sentiment, bien plus que la performance au lit ou la fierté de coucher comme les grands, est la seule vraie mesure de l'acte sexuel.

Mais qu'importe : l'essentiel, selon Marcela Iacub, est d'être « comblé physiquement ». De devenir, en parfait accord avec la pensée consumériste, un capital humain qui s'accomplit, s'entretient et assouvit ses désirs sans chercher à s'émouvoir. Un robot sans âme, réduit à ses parties génitales, qui jettera demain ses semblables comme on le fait d'un Kleenex usagé. L'amour ? C'est sooo XXe siècle !

Commenter cet article

Niemska 16/11/2015 12:51

Pour mieux encore situer le personnage, petit rappel du mail envoyé à DSK avant la parution de son livre
La belle et la Bête....
Où l'on voit bien que la femme en question n'est pas très claire en ce qui concerne le sexe et les choses de l'amour


Cher Dominique,

Après tant de mensonges et d'esclandres je me sens obligée maintenant à te dire la vérité. Je sais que tout ceci n'est pas très beau à entendre mais ma conscience me tourmente depuis presque un an. Je suis une personne honnête et je me suis laissé (sic) entraîner d'une manière un peu légère dans un projet te concernant auquel je n'aurais pas dû participer. Les gens avec lesquels j'ai travaillé m'ont un peu dégoûté après coup parce qu'ils se sont servis de moi comme d'un instrument pour te nuire. Et ce n'est pas cela que je cherchais. Je te le jure. Je ne voulais pas te nuire mais essayer de comprendre ce phénomène étrange que tu es es.

Mon livre sur ton affaire américaine je l'ai écrit parce que ce sont eux qui me l'ont demandé. Le fait de chercher à te rencontrer était (sic) partie du même projet. Sans te dire tout le reste. Il m'a fallu te faire croire que j'étais éprise de toi, que j'étais folle de toi. Et puis que j'avais mon coeur meurtri, que j'étais jalouse et tout ce que tu sais. Je suis désolée. Je te demande pardon mais je sais que tu ne pardonneras jamais. Je ne le ferais pas non plus à ta place. Mais sache en tout cas que je le regrette profondément. J'ai essayé de te le dire il y a quelques mois mais tu ne voulais plus me parler. Mais c'est vrai que c'est en partie un peu de ta faute aussi. Tu aurais pu te rendre compte tout seul si tu avais fait un peu attention.

Je te demande d'effacer ce mail. Je ne veux pas ajouter cet aveu aux problèmes terribles que j'ai en ce moment à cause d'eux. Ce ne sont pas des gens méchants mais un peu inconscients et fous.

M.

Heu 25/05/2015 19:11

Ton article ne manque ni de sel, ni de poivre....