Pluton et la sonde New Horizons : quand l'AFP survole son sujet !

Publié le par Simon Castéran

Après un voyage de neuf ans, la sonde New Horizons devrait s'approcher de Pluton en juillet prochain. © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

Après un voyage de neuf ans, la sonde New Horizons devrait s'approcher de Pluton en juillet prochain. © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

A en croire une dépêche AFP publiée le 15 avril dernier, l'atmosphère de Pluton empêcherait la sonde spatiale New Horizons de s'y mettre en orbite. Or, c'est complètement faux !

 

Le 15 avril dernier, une dépêche AFP a fait le tour des médias français : la sonde spatiale New Horizons, lancée par la Nasa en janvier 2006, a envoyé le premier cliché en couleurs de Pluton, qu'elle devrait survoler le 14 juillet prochain après un voyage de neuf ans et de 4,8 milliards de kilomètres. Or, contrairement à nombre d'autres sondes parties explorer les planètes du système solaire – Venus Express, Mars Reconnaissance Orbiter, ou encore Cassini-Huygens pour Saturne – le petit vaisseau spatial ne se mettra pas en orbite autour de la planète naine, mais la survolera brièvement, à une distance d'environ 12.500 km, afin de dresser une carte de sa surface et d'étudier son atmosphère. Poursuivant son chemin, la sonde étudiera également l'une des lunes de Pluton, Charon, avant de se diriger vers la ceinture de Kuiper, qui héberge les plus lointains blocs de matière connus à ce jour, résidus de la formation du système solaire.

 

Après un trajet aussi long, on aurait pu croire que New Horizons se sédentariserait un peu, se plaçant en orbite autour de Pluton pour l'étudier plus à son aise ; hélas ! Comme nous l'apprend la dépêche AFP, reprise in extenso par L'Obs, le Figaro, Sud-Ouest ou encore Radio-Canada, « l'atmosphère entourant Pluton, découverte en 1930, rend impossible une mise en orbite autour de la planète, ce qui force la sonde à une observation à distance ». 

New Horizons profitera de son survol de Pluton pour étudier son atmosphère et cartographier les reliefs de sa surface © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

New Horizons profitera de son survol de Pluton pour étudier son atmosphère et cartographier les reliefs de sa surface © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

Sauf que... C'est faux.

 

Car pour qu'une sonde se satellise autour d'une planète, ou même d'un petit corps comme un astéroïde, trois facteurs sont essentiels : la vitesse du vaisseau spatial, l'angle de sa trajectoire par rapport à la planète, et la gravité de cette dernière, qui la rend plus ou moins apte à capturer l'objet. L'atmosphère, elle, ne joue pour ainsi dire qu'un rôle assez faible : lorsque par exemple, sur Terre, les gaz qui la composent freinent un satellite dans sa course, obligeant ce dernier à jouer de ses propulseurs pour rehausser son orbite, sous peine, faute d'une vitesse suffisante, de finir par retomber à la surface de la planète. Mais elle n'empêche en rien une mise en orbite ! Pour preuve, « il y a bien des sondes en orbite autour de Mars, dont l'atmosphère est environ 500 fois plus dense que celle de Pluton », rappelle l'astrophysicien Emmanuel Lellouch. Spécialiste des objets transneptuniens – ces corps qui, comme Pluton, orbitent au-delà de la dernière planète du système solaire, Neptune – ce chercheur du Laboratoire d'études Spatiales et d'Instrumentation en Astrophysique (Lesia) à l'Observatoire de Paris-Meudon estime donc que la raison avancée par l'AFP, et reprise sans discussion par les médias français, est « complètement fausse ».

Mais peut-être le rédacteur de la dépêche a-t-il confondu l'atmosphère de Pluton avec son champ gravitationnel, qui l'empêcherait de capturer la sonde dans son influence ? En décembre 2012, un article du site d'actualités scientifiques Futura-Sciences expliquait ainsi « qu’en raison de la vitesse d’arrivée de la sonde et de la faible gravité de Pluton, une mise en orbite autour de l’objet aurait été très périlleuse, voire impossible ». « La faible gravité n'est pas non plus en soi un obstacle à la mise en orbite », rétorque Emmanuel Lellouch. Et ce, qu'il s'agisse d'une planète naine comme Pluton ou d'autres corps encore moins massifs, comme des comètes ou des astéroïdes : prenant l'exemple de 67P/Churyumov–Gerasimenko, le chercheur rappelle ainsi que la faible force d'attraction gravitationnelle de cette comète – environ 10.000 fois inférieure à celle de la Terre – n'a guère empêché la sonde européenne Rosetta de s'y satelliser en août dernier.

Une sonde trop rapide pour se mettre en orbite

 

Alors, qu'est-ce qui peut bien empêcher New Horizons de se mettre en orbite autour de Pluton ? La raison en est toute simple : comme le résume le responsable de la mission américaine, le planétologue Alan Stern, « la sonde se déplace trop vite pour se mettre en orbite. Ce n'est donc pas à cause de Pluton, mais de sa propre vitesse ! ». Laquelle est prodigieuse : plus de 52.000 km/h, un record dans l'astronautique moderne... Pourquoi tant de hâte, me direz-vous ? Tout d'abord parce que Pluton, ce n'est pas vraiment la porte à côté : si la Nasa avait voulu mettre sa sonde en orbite, « il aurait fallu qu'elle arrive beaucoup plus lentement. Le voyage aurait donc été beaucoup plus long que les neuf ans » qu'il a fallu à New Horizons pour atteindre la lointaine petite planète, note Emmanuel Lellouch. De plus, le temps joue contre les astronomes : accomplissant sa révolution autour du Soleil en 247 ans, Pluton s'éloigne depuis 1989 de la lumière de notre étoile. En se refroidissant, l'atmosphère de la petite planète gèle peu à peu, réduisant chaque année les chances d'étudier en détail sa composition. Il faut donc faire vite !

Enfin, et c'est la principale raison de ce voyage à grande vitesse, l'ambition de la mission n'a jamais été de s'arrêter à l'étude de Pluton et de ses lunes, mais de s'intéresser aussi aux autres objets transneptuniens (TNO) qui gravitent également dans la région de la ceinture de Kuiper. Larges de 25 à 50 km, ces énormes blocs de matière primordiale pourraient eux aussi posséder des lunes... Voire une atmosphère ! C'est du moins l'espoir de la Nasa, qui choisira en 2016 le prochain TNO à être survolé par New Horizons. Lequel survol sera toujours moins distant et rapide que l'AFP n'en a fait de son sujet !

Entre 2016 et 2020, New Horizons pourrait partir à la rencontre des objets transneptuniens, témoins de la formation des planètes de notre système solaire © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

Entre 2016 et 2020, New Horizons pourrait partir à la rencontre des objets transneptuniens, témoins de la formation des planètes de notre système solaire © Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute (JHUAPL/SwRI)

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